Il faut sans attendre se demander comment la relation homme-machine va transformer l’humanité. […] On peut même se demander si une IA universelle, sollicitée de plus en plus par une humanité toujours plus dépendante, n’irait pas elle-même s’appauvrissant, n’étant plus nourrie par suffisamment de contradictions et de créations émanant de personnes s’étant confrontées, corps, âme et imagination mêlés, au réel.
En mode dégradé ou se dégradant
Mais de très nombreux boulots de l’économie informelle − traducteurs freelance, etc. − sont déjà remplacés par des IA génératives. Comme je le disais, la plupart des capitalistes se moquent de la qualité : ils veulent simplement quelque chose d’« assez bon » (good enough)
Peut-être en profiterons-nous pour poser les questions essentielles. Pourquoi voulons-nous cette technologie ? Pour qui ? On peut imaginer un consortium public de scientifiques et d’ingénieurs − une sorte de CERN de l’IA. Ils collaboreraient avec des experts d’autres disciplines afin d’intégrer les impacts écologiques, éthiques et sociaux
A mesure que la technologie s’immisçait dans nos existences, je vis exploser le nombre d’étudiants qui tentaient de valider mes séminaires en rendant des devoirs intégralement factices ou, de façon plus sophistiquée, en mêlant cette pseudo-écriture générée par l’IA à leurs propres phrases. Le semestre qui vient de s’achever en juin constitue la pire expérience de mon parcours académique, aussi bien en tant qu’étudiant qu’enseignant.
Au fond, le plus dangereux n’est pas l’existence de l’IA, mais sa captation par quelques grandes entreprises privées, dont l’objectif premier n’est pas le progrès de la connaissance mais le profit. Idéalement, l’IA devrait devenir un commun : un bien collectif, accessible à tous, gouverné démocratiquement. Cela implique de défendre des modèles ouverts, de promouvoir la transparence des algorithmes et de favoriser les logiciels libres.